À quelques pas de la gare Termini, au cœur d’un quartier animé de Rome, se cache une petite basilique presque ignorée des circuits touristiques. Discrète par ses dimensions, la basilique Sainte-Praxède réserve pourtant à ses visiteurs une surprise de taille : un ensemble de mosaïques parmi les plus émouvants et les plus lumineux de la Ville éternelle.

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Un peu d’histoire

Praxède est une femme romaine du Ier siècle de notre ère. Avec sa sœur Pudencienne, elle appartient à la mémoire fondatrice du christianisme romain. Les deux sœurs sont honorées par les premiers chrétiens pour avoir recueilli les corps des martyrs et leur avoir donné une sépulture digne, au prix parfois de grands risques. C’est dans le quartier même de leur habitation que seront plus tard élevées deux basiliques, l’une dédiée à Praxède, l’autre à sa sœur. C’est toutefois à Sainte-Praxède que nous nous arrêterons ici.

La basilique actuelle repose sur une ancienne maison patricienne, dont une pièce était déjà consacrée au culte chrétien à la fin du Ier siècle, ce qu’on appelle une « église domestique ». On y priait à une époque où le christianisme n’était pas encore toléré. Une première église est construite au Ve siècle, puis l’édifice que nous voyons aujourd’hui prend forme au VIIIe siècle, sous le pontificat de Pascal Iᵉʳ, avec bien sûr des transformations et des agrandissements ultérieurs.

Les mosaïques de la nef

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Ce sont surtout les mosaïques qui font la renommée silencieuse de Sainte-Praxède. Dès l’entrée, un premier arc évoque la Jérusalem céleste : les élus attendent d’entrer dans la cité de Dieu. À l’intérieur, le Christ est déjà présent, entouré de la Vierge Marie, de Jean-Baptiste, de sainte Praxède et des douze apôtres. L’ensemble exprime l’accomplissement de la promesse divine et la communion des saints.

Sur l’arc triomphal, juste avant l’abside, apparaît une scène directement inspirée de l’Apocalypse de Jean. On y reconnaît les vingt-quatre vieillards et l’Agneau, au cœur d’une vision céleste :

Apocalypse 4,4

« Autour du Trône, vingt-quatre trônes, et sur ces trônes vingt-quatre Vieillards, vêtus de blanc, avec sur leurs têtes des couronnes d’or. »

Apocalypse 4,6-8

« Devant le Trône, comme une mer de cristal, semblable à du cristal. Au milieu du Trône et autour du Trône, quatre Vivants couverts d’yeux par devant et par derrière. Le premier Vivant est semblable à un lion, le deuxième Vivant à un jeune taureau, le troisième Vivant a comme une face d’homme, et le quatrième Vivant est semblable à un aigle en plein vol. Les quatre Vivants ont chacun six ailes ; tout autour et au-dedans, ils sont couverts d’yeux. Ils ne cessent de dire jour et nuit : “Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu, le Maître-de-tout, Celui qui était, qui est et qui vient.” »

Apocalypse 5,6-10

« Alors je vis, debout au milieu du Trône et des quatre Vivants, et au milieu des Vieillards, un Agneau, comme égorgé ; il avait sept cornes et sept yeux, qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés par toute la terre. Il s’avança pour recevoir le livre de la main droite de Celui qui siège sur le Trône. Quand il eut pris le livre, les quatre Vivants et les vingt-quatre Vieillards se prosternèrent devant l’Agneau, chacun tenant une harpe et des coupes d’or pleines de parfums, qui sont les prières des saints ; et ils chantaient un cantique nouveau : “Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute tribu, langue, peuple et nation ; tu as fait d’eux pour notre Dieu un Royaume et des prêtres, et ils règneront sur la terre.” »

Cette vision exprime la victoire du Christ et l’adoration cosmique qui lui est rendue.

Dans l’abside, la mosaïque principale rassemble Praxède et Pudencienne, conduites vers le Christ par les apôtres Pierre et Paul. Deux palmiers encadrent la scène et indiquent la voie du salut. À gauche du Christ apparaît le pape Pascal Iᵉʳ, le commanditaire de l’église, tenant la maquette de la basilique ; son visage est entouré d’une nimbe carrée, signe distinctif réservé aux personnages encore vivants au moment de la réalisation de la mosaïque.

Les mosaïques de la chapelle Saint Zenon

Un autre joyau attend le visiteur : la chapelle de Saint-Zénon, attenante à la basilique. Entièrement décorée de mosaïques, elle frappe par sa richesse et son intimité. Au sommet de la voûte, le Christ est porté par des anges, dans une vision de gloire. Le sol en marbre polychrome, l’un des plus anciens conservés à Rome, ajoute à la solennité du lieu.

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Dans la niche en face de l’entrée, la Vierge à l’Enfant est entourée de Praxède et Pudencienne. Elle est ici vénérée sous le titre latin de Sancta Maria Liberatrix a poenis inferi, la Reine du ciel qui libère des enfers.

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Sur la lunette latérale, deux cerfs s’abreuvent à la source jaillissant de l’Agneau. Cette image renvoie directement au psaume :

Psaume 42,2-3 (41 BJ)
« Comme languit une biche après les eaux vives,
ainsi languit mon âme après toi, mon Dieu.
Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant :
quand pourrai-je m’avancer, paraître face à Dieu ? »

Les cerfs symbolisent ici les chrétiens qui vivent de la grâce et du salut donnés par le Christ. Plus bas figure Théodora, la mère du pape Pascal Iᵉʳ, accompagnée de la Vierge et des deux saintes.

La chapelle abrite enfin les sépultures de saint Zénon et de saint Valentin, traditionnellement considérés comme frères.

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Ainsi, dans un espace réduit et presque secret, la basilique Sainte-Praxède déploie une véritable synthèse visuelle de l’histoire du salut. Ses mosaïques, à la fois théologiques et poétiques, invitent le visiteur attentif à une contemplation silencieuse, loin de la foule, mais au cœur même de la foi et de l’art chrétiens. Voilà un trésor caché de Rome à ne pas manquer lors d’un prochain voyage!