Le Codex d’Alep, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, est le plus ancien manuscrit connu présentant la Bible hébraïque. Malheureusement, en raison des aléas de l’histoire, le codex a été abîmé et de nombreux passages sont perdus. Il a été réalisé entre 910 et 930 de notre ère à Tibériade, en Galilée, qui constituait alors le principal centre d’activité des scribes et des massorètes. Ce manuscrit, d’une valeur philologique et religieuse exceptionnelle, a servi de modèle à la fixation du texte biblique hébreu, de sa vocalisation et de sa ponctuation.
Yad Yitzhak Ben-Zvi, Public domain, via Wikimedia Commons
Histoire du manuscrit
Le parcours historique du manuscrit est particulièrement complexe :
- Au XIᵉ siècle, il est offert par Yisrael ben Simha de Bassorah à la communauté karaïte de Jérusalem.
- À la suite de la première croisade et de la destruction du quartier karaïte, le codex est transporté en Égypte, vraisemblablement après le paiement d’une rançon.
- Il y est consulté par Maïmonide, qui en atteste l’existence et en reconnaît l’autorité.
- Aux alentours du XVIᵉ siècle, il parvient à Alep, en Syrie, où il est conservé plusieurs siècles dans la grande synagogue.
- En 1947, lors des émeutes anti-juives d’Alep, la synagogue est incendiée ; le codex subit de lourds dommages et de nombreuses feuilles disparaissent.
- En 1958, le manuscrit est exfiltré clandestinement vers Israël et confié à l’Institut Ben Zvi à Jérusalem.
- Il se trouve aujourd’hui au Sanctuaire du Livre, intégré au Musée d’Israël à Jérusalem, à proximité des manuscrits de Qumrân.
Qui a écrit ce manuscrit ?
Ses consonnes furent copiées par le scribe Shlomo ben Buya’a, tandis que le massorète Aharon ben Moshe ben Asher – le dernier et le plus célèbre représentant de la lignée des Ben Asher – en réalisa la vocalisation, les signes de cantillation et les annotations massorétiques marginales. La tradition de Tibériade, qu’incarne Ben Asher, devint la norme pour le texte biblique adopté dans la tradition juive.
see en:Aleppo Codex; scanned by http://www.aleppocodex.org, Public domain, via Wikimedia Commons
Contenu
À l’origine, le codex contenait l’ensemble des vingt-quatre livres de la Bible hébraïque (Torah, Prophètes, Ecrits). Il devait compter environ 490 feuilles de parchemin.
Aujourd’hui, 295 feuilles sont préservées, et les parties manquantes sont :
- Le Pentateuque (jusqu’à Deutéronome 28,17) ;
- Des fragments de 2 Rois, Jérémie et des Douze Prophètes ;
- Deux feuillets des Psaumes ;
- Les livres de la fin des Écrits (Ketouvim) : Cantique des cantiques 3,11 à Néhémie inclus manquent intégralement.
L’ordre des livres dans le Ketouvim suit la tradition de Tibériade : Chroniques, Psaumes, Job, Proverbes, Ruth, Cantique des cantiques, Ecclésiaste, Lamentations, Esther, Daniel, Esdras-Néhémie.
Mise en page et présentation matérielle
Le Codex d’Alep est écrit en hébreu carré biblique régulier sur un parchemin fin, probablement du vélin. Le texte est disposé en trois colonnes par page, conformément à la pratique des manuscrits massorétiques. Les marges portent des notes massorétiques indiquant les variantes textuelles et des particularités orthographiques. Certains passages présentent une mise en page en forme géométrique, et la décoration, sobre, inclut parfois des motifs ou dorures tracés au moyen du texte.
Caractéristiques linguistiques et vocaliques
L’hébreu employé relève de la norme massorétique tibérienne. Il est doté du système complet de points‐voyelles (nikkoudim) et des accents de cantillation (te’amim), selon la prononciation canonique de Tibériade. Ce codex est l’un des témoins les plus anciens du texte biblique vocalisé et accentué, ce qui en fait la pierre angulaire du texte biblique hébreu moderne.

